Le tome 22 de la célèbre série Lefranc, qui vient de paraître chez Casterman fin avril, est surprenant à plus d’un titre.
Tout d’abord, il est le résultat d’une collaboration entre le scénariste Michel JACQUEMART (qui avait déjà travaillé sur la série dans : Le maître de l’atome & Noël noir) et le dessinateur Alain MAURY (un ancien du studio Peyo).
Ensuite, toute l’aventure est axée non sur le héros éponyme (le reporter Guy Lefranc), mais sur son jeune ami Jeanjean Le Gall (qui est apparu, dès le début de la série -La grance menace, 1952-, en uniforme louveteau). Lefranc, ici, n’apparaît qu’épisodiquement. Il pourrait s’agir d’une nouvelle orientation de cette vénérable série (un rajeunissement ?), peut-être souhaité par le créateur : Jacques MARTIN (1921-2010) et décidé sans aucun doute par l’éditeur.
Curieusement, l’aventure se situe -dans la chronologie
interne de la série- parmi les premiers titres (ceux qui se déroulent dans les années 50). Jeanjean «vient d’avoir 12 ans» ; comme il est né 2 mois après le Débarquement de Normandie, cela place toute l’histoire en été 1956.
Mais le plus curieux, c’est qu’il s’agit d’une véritable BD scoute d’un bout à l’autre : un camp d’été sur la côte normande, auquel le jeune scout Jeanjean/Lérot participe avec sa patrouille des Goélands. Un camp scout classique avec installations, veillées, grand jeu… Où se glissent rapidement des éléments et des personnages invraisemblables (tout ce qui tourne autour du bunker et de ses hôtes mystérieux), qui font glisser peu à peu l’histoire vers le fantastique.
Nous atteignons ainsi, au cœur d’une vraie BD scoute, plutôt réaliste, une dimension onirique où les fantômes, divers et variés, ont la part belle. Cela devient inexplicable, incohérent et seule l’intervention psychanalytique (assez habilement introduite à la fin) permet de rassembler quelque peu les morceaux.
Chacun en pensera ce qu’il voudra (un des personnages affirme d’ailleurs : «Toute cette histoire est assez délirante»), même si cette curieuse BD laissera un peu perplexes les inconditionnels de la série Lefranc. Un conseil pour aller plus loin, si on veut mieux comprendre les complexités du scénario : l’interview de Michel Jacquemart sur alixmag.canalblog.com/archives.
Jean François Roussel
Additifs
- On peut noter plusieurs petites erreurs «historiques» : le général Massu (p 11) n’a pas rejoint l’Algérie avant fin 1957 ; la chanson Debout les gars ! de Hugues Aufray (p 11) date de 1964 ; le milliard de Chinois (p 9) n’a été atteint que vers 1980. Mais il s’agit de points de détail.
- Sur le plan purement scout, on peut s’étonner de la rapidité de montage d’installations «lourdes» (p 5) ; et de plusieurs totems qui ne devaient pas être employés en France dans les années 50 (p 3) ; quant au moment de lecture, sous la tente, après le coucher (p 9), il a de quoi surprendre… mais les titres des romans sont bien choisis !
- On pourrait aussi épiloguer sur les différents «fantômes» : les fameux enfants, issus de différentes époques, et la fascinante Mme d’Archambault, veuve joyeuse accueillante pour officiers nazis… et mère du CP de Jeanjean, le curieux François, qui meurt dans l’explosion d’une bombe plus ou moins imaginaire. Mais n’est-ce pas l’auteur qui devrait suivre une psychanalyse ?
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